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lundi 14 septembre 2015

Un alsacien Dominique KIMPFLIN (1778-1858) facteur d'instruments de musique à vent à Lyon.

Lors de la dernière vente d'instruments de musique à Vichy en mai dernier, un basson à 7 clés signé de KIMPFLIN à Lyon était proposé. J'ai voulu en savoir un peu plus sur ce nom alsacien.
Basson à 7 clès de KIMPFLIN à Lyon.


Dominique KIMPFLIN est né le 19 novembre 1778 à Guebwiller en Alsace dans le Haut Rhin. Son père Joseph KIMPFLIN habitait à Guebwiller avec Marie Marguerite PFAFFENZELLER. Lorsqu’il est arrivé à Lyon vers 1805, il est musicien et vit avec Anne NICOT 41 rue de la Limace à Lyon 2. Ils auront un enfant qu’il reconnaîtra, Joseph KIMPFLIN né le 3 mars 1809 et qui décédera à l’âge de 7 ans, le 13 mars 1815. Il loue jusqu’en 1810 une pièce pour 100 frs où il travaille comme tourneur à façon. Au décès de son fils il exerce le métier de tourneur au N° 29 de la rue Ferrandiére, sur la rue du Palais Grillet, et loue deux pièces au 4 étage jusqu'en 1817 où il ne loue plus  qu’une pièce. Il ne figure plus au recensement  de 1818 à cette adresse. 
Signature de Dominique KIMPFLIN.
De 1836 à 1843 il habite avec sa future femme Catherine BIECHLER (née en 1790 à Guébwiller) au 10 rue d’Amboise où il loue 3 pièces avec une partie habitation et une partie commerciale. Ils devaient avoir des problèmes financiers car il est précisé « Location divisée », ce qui signifie qu’ils avaient des conditions réduites sur les loyers. 
Marque du basson.


Elle était blanchisseuse et lui toujours tourneur à façon. Il est a noté que jamais dans les recensements, le nom de Biechler a été correctement orthographié (Brigolet, Puycheler, Pugilet). De 1844 à 1847 ils louent, toujours à la même adresse mais seulement une pièce au 3 iéme étage et sont signalés comme « Indigent, loyers 100 frs divisés », il exerce toujours son métier de tourneur mais en 1846 est ajouté « ouvrier tourneur pour instrument ». Ils se marient le 18 février 1858 à Lyon ; Dominique Kimpflin décède six mois plus tard, le 9 août 1858. Il avait 80 ans et habitait toujours à la même adresse ; il exerçait dans ses dernières années le métier de fabricant de cannes de parapluies.
 
Détail du basson.

On ne connaît qu’un instrument de ce facteur, sans doute parce qu’il fabriquait pour d’autres facteurs.

dimanche 5 juillet 2015

Découvrons les instruments strasbourgeois de la collection Marlowe A.SIGAL dans le catalogue qui vient de paraître.

Depuis quelques années les amateurs d'instruments de musique anciens sont gâtés car de nombreux ouvrages paraissent régulièrement, avec de magnifiques photos.
Après le catalogue de la collection de clarinettes de Sir Nicholas SHACKLETON :
...le magnifique ouvrage de Robert BIGIO sur la société RUDALL, ROSE et CARTE célébre pour ses flûtes....
.....C'est au tour d'Albert R.RICE de commenter l'une des plus prestigieuses collections mondiales, celle de MARLOWE A. SIGAL.

Cette collection permet de découvrir plus de 600 instruments anciens (pianos, bassons, hautbois, clarinettes, flûtes etc...), dont certains sont exceptionnels. Bien sur je n'évoque ici que des ouvrages centrés principalement sur les instruments a vent, et en bois. Nous évoquerons dans un autre article des ouvrages consacrés à d'autres instruments (Lutherie, cuivres...).
Pour notre part dans cette collection américaine nous avons découvert (ou redécouvert) des instruments strasbourgeois des plus intéressant, illustrant cette facture alsacienne si particulière.

Si vous voulez en savoir plus sur ces facteurs strasbourgeois cliquez sur ce lien du
Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique de Strasbourg.

Par exemple pour les flûtes :
°Un ensemble de deux flûtes à cinq clés, dont une flûte tierce en Fa dans leur coffret d'origine de Dobner et Consort vers 1830, période de la veuve de Joseph DOBNER (1744-1822).
Coffret de deux flûtes dont une en Fa de
Dobner et Consort. (Col. Sigal)
° Flûte Boehm de Charles RINKEL (a 1904-1924), successeur de Julius Max BÜRGER (a 1878-1904), que l'on peut dater entre 1904 et 1908, Pourquoi ? D'après la marque : « J M BURGER – C RINKEL Nachf-STRASSBURG ». Charles Rinkel Nachfolder (Successeur de....) et Strasbourg en allemand.
Flûte Boehm de Charles RINKEL. (Col. SIGAL)
° Flûte "romantique" à quatre clés de BÜHNER et KELLER vers 1825, période de l'association entre Jean BÜHNER (1798-1844), fils de Gabriel Sébastien BÜHNER (1753-1816) et de Jean IV KELLER (1776-1833).
Flûte à quatre clés de Bühner et Keller. (Collection Sigal)
° Flûte à 8 clés de Jean Daniel HOLTZAPFFEL (1770-1843) qui n'est pas vraiment un facteur strasbourgeois car il a exercé à Paris pendant plus de vingt ans, mais il est né à Strasbourg et était retourné dans sa ville natale en 1827 où il est décédé.
Flûte de J.D. Holtzapffel. (Collection Sigal)
Les bassons :
° Basson à 7 clés de BÜHNER & KELLER vers 1815.
Basson à 7 clés de Bühner et Keller. (col. Sigal)
° Basson à 8 clés de Georg Kaspar LINDEMANN  (1783-1846). Les instruments de ce facteur sont assez rares. Il était sans doute le neveu de Gabriel Sébastien BÛHNER, puisque sa mère était Barbara BÜHNER sans doute la soeur de G.S. BÜHNER tous nés  à Empfershausen dans le duché de Francfort.
Basson à 8 clès de Lindemann. (col. Sigal)
Les clarinettes :
° Coffret de 3 clarinettes (Ut, Sib, La) de BÜHNER et KELLER vers 1820. Comme dirait José Daniel TOUROUDE : "Le Graal du collectionneur d'instruments de musique strasbourgeois".
(Voir sur ce lien son Graal à lui : Le Graal des collectionneurs.
Set de trois clarinettes de Bühner et Keller. (Col Sigal)
Ces trois clarinettes sont à 11 clés carrées dont une clé ronde d'octave "wraparound", c'est à dire que le trou est percé sur le dessus de la clarinette et que la clé est activée par le pouce main gauche donc pour cela la tige entoure l'instrument...ce système permettant d'éviter que la salive s'accumule dans le trou quand il est placé dessous. Système que l'on retrouve sur des clarinettes plus récentes comme celles de Lefévre à Paris, ou Albert à Bruxelles, ou avec un autre système chez les lyonnais comme Simiot.
Détail de la clé d'octave sur le dessus.

Clarinette en Ut de Bühner et Keller. (Collection Sigal)
Ce système de clé d'octave est très exceptionnel, sinon unique pour des clarinettes de Strasbourg et surtout très tôt (vers 1820) évoquant la facture lyonnaise (Sautermeister, Simiot...), Est ce l'influence du passage de Simiot vers 1792 dans l'atelier des Bühner et Keller (?) qui aurait créé un lien entre ces deux capitales de la facture provinciale française.
Clarinette en La de Bühner et Keller. (Collection Sigal)
Clarinette en Bb de Bühner et Keller. (Collection Sigal)
° Clarinette en Ut des Frères KELLER à 5 clés. Les instruments de cette période des Keller sont rares ; pour les clarinettes nous connaissons une clarinette dans la collection Sallabery et une incomplète au musée des Arts Décoratifs de Strasbourg.
Clarinette en Ut des fràres Keller. (Collection Sigal)
Merci à Albert R. RICE et Marlowe A. SIGAL pour ce travail qui nous permet d'approfondir notre connaissance de cette facture alsacienne.





jeudi 8 mars 2012

La famille KELLER facteurs d'instruments de musique à vent à Strasbourg (1710-1833).



Première marque de l'atelier KELLER vers 1765
attribuable à Jean III KELLER. (Flûte 1 clé : David Shorey)
Depuis très longtemps nous souhaitions faire le point sur cette famille strasbourgeoise de tourneurs et de facteurs d'instruments, importante pour l'histoire de la facture instrumentale en Alsace. Nous souhaitons tout d'abord remercier ceux qui ont contribué à la réalisation de cet article : Jean JELTSCH, Blanche DUCHATEL et l'équipe de génialegenealsace pour la traduction d'actes illisibles en "allemand pointu", David SHOREY, José Daniel TOUROUDE.
Pour ceux qui souhaiteraient se plonger dans la généalogie de ces facteurs alsaciens, nous avons publié sur Généanet toutes nos données ainsi que la totalité des actes originaux concernant la famille KELLER et BÜHNER.

http://www.geneanet.org/profil/?source=rpierre2&lang=fr&rech=KELLER&rech1=KELLER&place=Strasbourg%2C67000&subregion=f67&region=als&country=fra&ressource=arbre


Marque des KELLER vers 1780. (clarinette collection N.C.)
Atelier créé par Johannes (Jean) II Keller, qui en tant que tourneur sera admis dans la corporation des charpentiers (Zunft Zimmerleute) en 1736. Il est né le 15 juin 1710 à Strasbourg, son père  Johann I Wolff Keller était remueur de blé (Kornwerfer) et sa mère Marie Ursula PSOOR. Il épousa Marie Salomé Schneider, fille d’un tourneur,  le 7 novembre 1736 à Strasbourg et aurons trois fils : Jean III Keller, Isaac Keller, Jean Philippe Keller. Il est décédé le 25 janvier 1778 à Strasbourg à l’âge de 68 ans. Ses trois fils étaient témoins le jour de son décès.
Dans tous les actes que nous avons trouvés sur lui il se déclare : « Dreher » « Dräher », « Holzdreher », c’est-à-dire tourneur ou tourneur sur bois, mais jamais fabricant d’instruments.

Signature de Jean II KELLER à son mariage 1735.

Jean III Keller : Facteur d’instruments est né le 14 décembre 1737 à Strasbourg. Il épousera le 7 août 1765 à Strasbourg, Marguerite Salomé Baldner (1738-1808), fille de Daniel Baldner, chaudronnier à Strasbourg. La famille Baldner était une famille importante de Strasbourg, implantée depuis le XV° siècle, appartenant à la « tribu » des pécheurs. Le grand père de Daniel Baldner était Hans (Johann) Jacob Baldner (1606-1683) célèbre facteur d’orgues qui travailla à la cathédrale et réalisa l’orgue de Bouxwiller en Alsace.
Signature de Jean III KELLER à son mariage en 1765.

A son mariage en 1765, Jean III Keller se déclare : « faiseur d’instruments
(de musique) » (Instrumentenmacher) et tourneur d’art et sur bois (Kunst und Hohldreher). Même s’il a travaillé avec son père jusqu’en 1778, il a dû réaliser les instruments de musique qui portent la marque à « la fleur de lys », puisqu’il est le seul dans sa période d’activité (1765-1785) à se déclarer « Instrumentenmacher », notamment aux naissances de ses quatre enfants.
Leurs enfants sont Marguerite Salomé Keller (1766-1769), Marguerite Barbe Keller (1770-), Marie Madeleine Keller (1768-1834) qui épousera Gabriel Sébastien Bühner, Jean Keller IV (1776-1833). L’atelier ne fabriquait pas seulement des instruments de musique ; les trois frères devaient travailler ensemble jusqu’au 6 juillet 1785 à la mort de Jean III Keller, déclaré « Dräxler Meister » Maître tourneur dans l’acte de décès.

Isaac Keller est né le 26 janvier 1740 à Strasbourg. A la mort de son frère en 1785 (Jean III Keller), il est reçu à son tour, comme facteur d’instruments dans la corporation des charpentiers. Il restera célibataire. Il meurt le 11 juin 1802 à Strasbourg (22 prairial an X) de fièvre scarlatine. Les témoins sont un voisin Philippe Jacques Schmidt (68 ans homme de lettre) et son neveu Jean IV Keller, 25 ans facteur d’instruments.
Signature d'Isaac KELLER au décès de son père en 1778.
Jean Philippe Keller est né le 10 novembre 1743 à Strasbourg. En 1770, à la naissance de sa nièce Marguerite Barbe Keller, il se déclare « Instrumentenmacher ». C’est lui qui achète, le 14 avril 1791 par adjudication et pour 6050 livres, la maison du 70 rue du Marché aux Vins. Le 22 octobre  1793, il demande de s’acquitter de sa dette plus rapidement. Il décède à 51 ans le 25 avril  1794 (6 floréal an II) à Strasbourg (faiseur d’instruments). Les témoins sont Isaac Keller et un voisin tourneur Jean Georges Schantz.
(1er juillet 1794,13 messidor an II, inventaire après décès Jean Philippe Keller d’une maison 70 place de la Fraternité). Source Jean Jeltsch                                    

Signature de Jean Philippe KELLER au décès de son père en 1778.
De 1782 à 1791 l’atelier des Keller était situé place Dauphine ; à partir de 1791 il se situait au 70 Vieux Marché aux vins. Vers 1790 Jacques François Simiot (1769-1844), célèbre facteur lyonnais, passa une année dans l’atelier : « Chez Messieurs Keller et Bühner facteurs d’instruments à Strasbourg. J’y travaillai environ un an. L’ouvrage cessa : la France était en mouvement ». (Biographie autogr. de Simiot adressée à Pallu vers 1827, MS Dôle).
Gabriel Sébastien Bühner (1753-1816) arrivé en Alsace vers 1777, avait épousé Marie Madeleine Keller le 21 avril 1789. A son mariage il se déclarait « Instrumentenmacher » et travaillait dans l’atelier des Keller. A quel moment s’est-il associé aux Keller, pour créer la société Bühner et Keller, nous ne pouvons le dire actuellement. Jean IV Keller futur associé dans la Maison Bühner et Keller, n’avait que 18 ans, en 1794, à la mort de son oncle Jean Philippe Keller et c’est à lui qu’a été vendu, à la mort d’Isaac Keller, la maison du 70 rue du Marché aux Vins, le 20 août 1802 (2 fructidor an X) pour 8 550 Frs.
Comme la période révolutionnaire avait été très défavorable au commerce strasbourgeois, il est probable que la Maison Bühner et Keller a été créé en 1802 à la mort d’Isaac Keller. Les deux beaux-frères, Gabriel Sébastien Bühner et Jean IV Keller était associés.
Jean IV Keller est né le 3 décembre 1776 à Strasbourg. En 1802 il se déclare facteur d’instruments.
Le 26 août 1807, il épouse Ursule Daubenberger fille d’un cultivateur de Truchtersheim. Ils reconnaissent, en présence de G.S. Bühner leur fille Marguerite Salomé Keller née en 1807. Une seconde fille naîtra en 1809 : Elisabeth Joséphine Keller. A la mort de sa première épouse il se remarie le 1 août 1815 avec Sophie Gros. Dans le contrat et l’inventaire d’apport au mariage, Jean Keller déclare un tiers du fond de commerce « Bühner et Keller ».
Signature de Jean IV KELLER.
De ce deuxième mariage naîtrons deux enfants : Barbe Frédérique Keller (1829-1866) qui restera célibataire et un fils Jean V Keller (1833) qui ne vécut que quelques jours.   
Flûte 1 clé et trois corps de rechange portant
 la marque à fleur de lys. (David SHOREY)
A la mort de Gabriel Sébastien Bühner le 30 novembre 1816, c’est son fils Jean BÜHNER (1794-1844) qui entra dans l’association. Le 18 avril 1829, la maison du 70 rue du Marché aux Vins est vendue pour 8950 Frs à Mademoiselle Marie Jeanne Delfosse. Jean IV Keller continuera d’habiter cette maison jusqu’à son décès le  10 juin 1833 à 56 ans.
Dans l’inventaire des marchandises, outils, dettes et créances, l’on trouve que le commerce de Jean BÜHNER  était mené conjointement avec Jean IV Keller, car il possédait la moitié du fonds de commerce. (Instruments et autres marchandises pour un total de 1755,10 frs).

Flûte 1 clé et quatre corps de rechange portant la marque
 aux angelots trompettistes. (David SHOREY)


Clarinette en Ut à 5 clés. (Collection N.C.)
Clarinette en Si b à 5 clés vers 1780. (Collection R.P.)


Clarinette en Ut à 9 clés (5+4) vers 1790 (Collection R.P.)
Etienne Ozi (1754-1813), célèbre bassoniste, premier basson à la chapelle du roi, puis à la chapelle impériale et à l’orchestre de l’opéra, professeur au conservatoire de Paris précisait, dans sa « Méthode nouvelle et raisonnée pour le basson », publiée en 1788, qu’il possédait un basson de Keller à Strasbourg, instrument qu’il recommandait.
Basson en érable et clés laiton.
(Swedish National Collections of Music, Stockholm)
Une société existait entre les deux frères Isaac et Jean Philippe Keller, « Frères KELLER ». Cette société a-t-elle commencée en 1785 à la mort de Jean III Keller ? En tout cas elle existait en 1791, puisque les deux frères (Isaac et Jean Philippe) possédaient chacun la moitié de la maison de la rue du Marché aux Vins. En 1794 à la mort de Jean Philippe, Isaac continua d’occuper cette maison du 70 rue du Marché aux Vins.

Jean Bühner continua de diriger la Maison Bühner et Keller jusqu’à sa mort qui intervint le 12 mai 1844 à Strasbourg. La société Bühner et Keller a été reprise par Charles Finck, cousin de Jean Bühner. Jean Chrétien Roth reprendra la société en 1850.
Flûte à une clé et trois corps de rechange
signée "Frères KELLER".