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vendredi 30 septembre 2011

Quelques anecdotes sur des facteurs d'instruments de musique.

Lorsque nous travaillons sur les facteurs d'instruments et à travers les archives, il nous arrive de trouver des détails qui permettent de mieux connaître la personnalité de ces facteurs et donc d'essayer de cerner leurs personnalités. Nous discutons assez régulièrement avec mon ami J. D. T. collectionneur de clarinettes anciennes et restaurateur amateur d'instruments, sur la finalité d'une collection. Son but est de redonner une vie à des instruments anciens ; personnellement je vois plus la finalité d'une collection comme le témoignage (avec des instruments restaurés) du travail d'un facteur et de sa passion.
Quand pensez-vous ? Participez à notre sondage sur le but d'une collection d'instruments de musique.
  1. Première anecdote, elle concerne Jean LEROUX aîné (1795-1864), facteur d'instruments de musique à vent, qui après avoir travaillé avec son frère Hyppolite LEROUX à La Couture, s'était installé à la demande de A. H. FERRY à Mirecourt de 1835 à 1845 et s'était ensuite installé à Paris.
Marque de Jean LEROUX- La Couture, Mirecourt, Paris.
Lors du décès de Marie Madeleine LOREE, son épouse le 23 mars 1863, Jean LEROUX l'aîné et Frédéric LEROUX, le fils......la signature du père sur l'acte est un peu différente ?.........et oui il y a ajouté une flûte....un corps de clarinette?.....Curieuse attitude dans un moment tragique?......ou était il déjà ailleurs.....puisqu'il décédera l'année suivante, à 64 ans à l'Hôtel Dieu, le 24 juillet 1864.

Si vous voulez en savoir plus sur cette famille de facteurs : http://facteursetmarchandsdemusique.blogspot.com/2010_02_01_archive.html

Remarque d'un "lecteur compétent"....et "casse ma petite histoire poétique" :
" la signature avec une marque ressemblant à une flûte ou une clarinette, bah ....... ce n'est pas un instrument ! C'est une marque que l'on trouve chez beaucoup de notables de la première moitié du 19e siècle. Ce n'est pas systématiquement une marque concernant des francs-maçons (certains le sont, d'autres non) mais plutôt une substitution du grand paraphe final des signatures des 17e et  18e (les SSS en fin de signature signifiant "subscripsi" = j'ai signé, les 3 points remplaçant les 3 S). D'ailleurs, on trouve ces deux barres avec parfois aussi 4 voire 5 points ... Une mode pour marquer son appartenance à une classe de lettrés ? Ce sujet a déjà été évoqué dans plusieurs publications généalogiques"....
 Et oui...c'est l'avantage d'un blog, on peut corriger tout de suite....Merci à notre lecteur....Mais Jean LEROUX, m'est déjà moins sympa...

La seconde concerne Sébastien ERARD, célèbre facteur de pianos né à Strasbourg le 5 avril 1752.
 
Au décès de celui ci en 1831, dans l'inventaire on trouve : " dans la cave 110 demi-bouteilles de vin de grenache, 240 du même. 240 de vin de Bordeaux rouge ordinaire, 102 de vin muscat rouge tournant à l'aigre. 30 bouteilles de vin blanc de Pouilly, 240 de vin de grenache, 60 de vin vieux de Bourgogne passé, 36 de vin muscat rouge tournant à l'aigre. 250 de vin rouge de Porto, 30 de vin blanc de Frontignan. 204 de vin rouge ordinaire Bourgogne, 155 de vin blanc du Rhône, 30 de vin rouge du Roussillon....etc......"
Sébastien Erard (1752-1831)
 Dans une lettre du 8 juin 1791 à M. PARIN, professeur de musique à Dijon, Sébastien ERARD après lui avoir mentionné le prix de ses pianos....lui demande une faveur : " Comme vous avez toute la confiance en moi pour le choix des pianos, j'ai celle en vous pour le choix du vin que vous me proposez. Envoyé moi du bon, cependant qu'il ne soit pas de la première qualité , attendu je crois qu'il est trop cher ; je ne doute pas que vous me servirez en ami ". 
Alors ? Sébastien ERARD échangeait il des pianos contre du vin....

La troisième concerne Joseph DOBNER (1732-1822) marchand d'instruments de musique à vent à Strasbourg. Sans doute marchand mercier à Strasbourg avant 1795, il s'associe au facteur suisse Georg Caspar FELKLIN (1773 - 1842), lors de son passage à Strasbourg de 1795 à 1805, d'ou la marque  " Dobner et Felklin à Strasbourg", puis après son remariage il vend les instruments de musique de différents facteurs jusqu'à sa mort en 1822, sa veuve Marie Thérése DOBNER (1769 - 1849) continue l'activité avec un ouvrier facteur Jean David REINHARD, sous la marque "Dobner et Consort".

Marque DOBNER et CONSORT (1810-1845)
Marque DOBNER et FELKLIN (1795 - 1805)
Si vous voulez en savoir plus sur cette Maison : http://facteursetmarchandsdemusique.blogspot.com/2011/03/une-association-franco-suisse.html

Et l'anecdote ? Lors du décès de sa première épouse Marie Anne DESFONTAINES (1732 - 1793), Jos. DOBNER à préciser à l'employé municipal le lieu de naissance de sa femme : "Charville prés de Nancy" et ce dernier à retranscrit tel qu'on lui disait ce qui nous permet d'"entendre" l'accent alsacien de Jos. DOBNER;
Car la ville prés de Nancy est .....Jarville.

Extrait de l'acte de décès.

vendredi 6 mai 2011

Jacques Reine PÂRIS (1795 - 1875) à Dijon inventeur de l'Harmoniphon.

Au début du XIX° siècle, l'inventivité des facteurs et marchands de musique a été importante.
Cela répondait également à une démocratisation de la musique dans la bourgeoisie. Les facteurs de province et en particulier ceux de l'est de la France ont eux aussi été prolixe dans ce domaine.
C'est le cas à Dijon de Jacques Reine PÂRIS et de son invention l'Harmoniphon.Il est né le 27 août 1795 à Dijon ; son père était tapissier dans cette ville. Dés l'âge de six ans il rentra à la Maîtrise de Dijon dirigée alors par un italien célèbre : TRAVISINI. Il y étudia la musique et le solfège avec TRAVISINI, le chant avec BLANDINI, la composition avec BUTON. Il eut comme camarade Pierre Louis DIETSCHE, lui aussi natif de Dijon et qui devint un célèbre compositeur parisien. "DIETSCHE et PÂRIS furent souvent frappés. Il (Travisini) se servait pour corriger ses élèves d'un fouet avec des cordes de contrebasse".
Étiquette d'un Harmoniphon à 27 touches. (ebay 3 2011)
 
Vers 1815, il partit pour Paris, muni d'une lettre de recommandation pour le célèbre CHORON, alors directeur de l'opéra et chef d'une célèbre école de musique. J.R. PÂRIS rentra à l'école Choron comme professeur en même temps qu'il continuait ses études d'harmonie et de contre point au conservatoire de Paris. Il obtint rapidement des premiers prix dans ces domaines.
Deux ans et demi après être arrivé à Paris il devint professeur de solfège, au conservatoire de Paris en remplacement d'HALEVY qui partait pour Rome. C'est à cette époque qu'il épouse Anne FEUCHOT née en 1801 ; c'est également à cette époque qu'il fit paraître "une théorie musicale", mais surtout un ouvrage intitulé "Méthode Jacotot appliquée à l'étude du piano".En 1827, la place de maître de chapelle à la cathédrale de Dijon étant vacante, il rentre à Dijon. Il fit représenter dans sa ville de nombreuses oeuvres dont deux de ses opéras dont il avait fait la musique et les livrets : l'un en 2 actes en 1835 et l'un en trois en 1847.
Harmoniphon, détail de l'entrée d'air soit avec un tube élastique
muni d'une embouchure ou à l'aide d'un soufflet à main.
Dans les années 1830, le gouvernement diminua les sommes allouées aux maîtrises, donc en conséquence les appointements des directeurs. C'est la raison pour laquelle il accepta la place d'organiste de la cathédrale.
Le 19 août 1836 , il obtint un brevet de 5 ans avec Mrs LECROSNIER et TREMBLAÏ, pour un instrument de musique qu'ils nomment Harmoniphon, "ancêtre du mélodica".
A chaque touche du clavier correspond une lame métallique vibrante, qui va donner la note, actionnée par l'air apporté soit par un tube élastique muni d'une embouchure ou par un soufflet actionné à la main. La touche du clavier au repos bloque la lame métallique correspondante et lorsque l'on actionne cette même touche, la lame, libérée va vibrer sous l'action de l'air.

A l'origine de cette invention J.R PÂRIS voulait créer un instrument, remplaçant le hautbois indispensable dans un orchestre : "Une des plus grandes difficultés pour l'exécution des opéras en province est la rareté de certains instruments à vent. Les villes qui ont une garnison trouvent des instrumentistes dans les régiments, mais il y en a que la musique militaire n'admet plus : ce sont les bassons et les hautbois, sans lesquels il n'y a pas d'orchestre possible.
Au départ il proposait l'harmoniphon hautbois, mais à l'exposition de Paris de 1839, il propose de nombreuses améliorations.

"Dans l'origine, M.PÂRIS ne s'était proposé que d'imiter le hautbois; mais il a bientôt compris qu'il manquerait quelque chose à son invention, s'il ne la complétait pas par l'imitation du cor anglais......M. PÂRIS a complètement réussi ; nous dirons même qu'ici l'imitation approche plus encore de l'instrument original. L'Harmoniphon - hautbois et l'Harmoniphon-cor-anglais sont de la même grandeur, et ne différent que dans leur diapason. Un troisième Harmoniphon de plus grande dimension réunit les deux instruments, et embrasse l'étendue de trois octaves". Tout doit concourir à assurer le succès de cet instrument, que l'on trouve à Paris chez Mr. FREY, marchand de musique, place des Victoires, et à Dijon, chez Mr PÂRIS...."

Ci dessous vous avez un des shémas du Brevet de 1836, du mécanisme de l'Harmoniphon Hautbois à 18 touches.
Pour l'agrandir cliquez sur l'image et utilisez la loupe.

C'est dans ces années 1830 qu'il ouvrit un magasin de musique à Dijon rue Saint Philibert. Même si l'Harmoniphon rencontra un succès d'estime et une mention honorable à l'exposition nationale de Paris de 1839, J.R. PÂRIS ajouta bien vite la vente de pianos et d'instruments de musique à son activité.

Dans les années suivantes il devint officier d'académie et membre de l'académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon, avant de décédé à 80 ans le 8 novembre 1875 au 11 rue Chabot Charny.

Source : * Gazette Musicale de Paris. N°21 du 26 mai 1839. *Charles Emile Poisot. Essai sur les musiciens bourguignons. Dijon 1854. *Archives départementales de Côte d'Or.

mardi 19 mai 2009

J.B. Colin Duchêne de Nancy et Joseph Henry de Dijon.


Quels sont les points communs entre ces deux luthiers de province ?

1° Tout d'abord, ils ont suivi le cursus classique des luthiers : formation à Mirecourt et installation en province comme luthiers et marchands de musique.
2° Ils ont tous les deux un nom de famille.....qui est aussi un prénom : Colin et Henry.
3° Tous les deux ont fait suivre leur nom de famille du nom de "jeune fille" de leur épouse : Duchêne et Lapostolet.

C'est sans doute, la raison pour laquelle, la confusion est souvent faite, par exemple dans le "dictionnaire universel des luthiers" de René Vannes pour des instruments d'Henry LAPOSTOLET ou pour la vente de Vichy du 3 juin prochain du violon n° 121 de Jean Baptiste Colin DUCHÊNE.

En fait Jean Baptiste COLIN est né à Thuilliéres (Vosges) en 1815 et c'est installé à Nancy vers 1840, 14 rue de la Poissonnerie. Il avait épousé Françoise Virginie DUCHÊNE née en 1817 à Mirecourt et avait 3 enfants, Franceline (° 1837), Louise (° 1843) et Victor
(°1853). Son adresse change en 1851 : 15 rue Stanislas à Nancy. Il est décédé le 25 janvier 1889 à Nancy à l'âge de 74 ans.

Quant à Joseph Henry, il était né à Mirecourt le 14 mars 1828. Il était le fils de Claude Raimond Henry (° Mirecourt 16 juillet 1799 + Dijon 10 septembre 1850) luthier lui aussi à Dijon depuis 1825, installé d'abord 10 rue Vauban, puis 10 rue des Etioux, qui travaillait principalement pour le violoniste Sulot.

Sa mère était Catherine Joséphine Gaget.
Le 12 mai 1851, Joseph Henry épouse à Sombernon (Côtes d'or) Philiberte Marie Lapostolet
(° Sombernon 8 novembre 1823), fille d'un menuisier de ce village.
Il était également professeur de contrebasse au conservatoire de musique de Dijon. Veuf en 1875 il épouse vers 1880 Jeanne Léontine Bureau. Son magasin était situé rue des Forges

Son neveu Charles Eugéne Thérésse (°1850 Mirecourt) travailla avec lui comme luthier pendant plus de 10 ans, puis s'installa seul en 1884, pendant quelques années 49 rue de l'amiral Roussin.


Joseph Henry Lapostolet se fournissait chez Gautrot notamment.
Il est décédé, à 65 ans, le 11 mars 1894 à Dijon à son domicile familial du 29 rue des Moulins.

jeudi 19 mars 2009

Claude Joseph DAVID facteur et luthier à Dijon (1784-1853)

Ce facteur provincial a été bien étudié, par Georges et Xavier Sallabery dans le numéro Spécial n° XIV du Larigot publié en mars 2003, qui présentent dans ce catalogue une très belle clarinette 6 clés en ébène et bagues ivoire.

Claude Joseph David est né le 22 janvier 1784 à Saint Claude. Il est le fils de Joseph François David luthier à Saint Claude et de Jeanne Pierrette Michaud.

Il se marrie à Saint Claude, le 25 février 1810 avec Marie Françoise Vuillermoz, la fille d'un horloger de Saint Claude.

Ils eurent huit enfants, dont deux survécurent : Charles Joseph Antoine David (° 10 décembre 1810 à Saint Claude) et Joséphine David (° 1813 à Saint Claude). Tous les autres enfants sont nés à Dijon : Jeanne Annette David (° 18 août 1818) décédée à 28 ans, des jumelles Françoise Philiberte et Marie Charlotte (° 12 mars 1821) décédées de "la petite vérole" en 1824, de nouveau des jumeaux (°12 décembre 1825) qui ne vécurent que quelques jours et enfin Charles Joseph Alexandre David (°12 décembre 1828) qui vécut 8 mois.

Donc son arrivée à Dijon se situe entre 1813 et 1818 et on le retrouve en 1836 lors du premier recensement de la ville de Dijon : " Joseph David, luthier vivait avec son épouse Françoise Willermot, son fils Charles (25 ans) célibataire et ses deux filles célibataires, Joséphine (23 ans) et Jeanne (18 ans)".

A noter que dans tous les documents que nous avons consultés, il est toujours précisé comme profession " luthier ". Albert Jacquot, dans son ouvrage : La lutherie Lorraine et Française, le cite comme luthier, à partir d'une étiquette (voir doc. ci dessus) retrouvée dans un violon.

Alors, est il facteur ou luthier ?

Il est difficile de répondre avec certitude, mais il pouvait être les deux. Il y a des arguments pour dire qu'il était "moins luthier".... En effet on ne connait pas d'instruments à cordes fait par lui, ce qui est rare pour un luthier de formation. Lors de la déclaration de naissance de ses premiers jumeaux en mars 1821, l'un des témoins était François Vincent Alba "22 ans, luthier à Dijon". Ce luthier devait travailler dans l'atelier David et s'occuper des réparations et de l'entretien des instruments à cordes.

F.V. Alba était installé à Lyon en 1822, associé à Micollier au n°12 place Confort.

On voit bien dans cet exemple, la difficulté de définir le statut de ces "facteurs de province" qui étaient avant tout marchands, et "généralistes" dans la fourniture d'instruments de toutes sortes (cordes, cuivres, bois, pianos, orgues, édition, abonnements de musique...), et la nécessité d'aborder l'étude de ces sujets en élargissant les recherches, au monde des luthiers, facteurs de pianos et d'orgues. C'est la démarche que nous avons pour rédiger notre dictionnaire.

Son épouse Françoise Vuillermoz décéde le 3 janvier 1850 à Dijon. Et en 1851 Joseph David, luthier veuf, vivait avec son fils Charles (42 ans) luthier célibataire et sa fille Joséphine (38 ans) célibataire sans profession, 93 rue de la Liberté à Dijon.

Le 19 mars 1853, Claude Joseph David, décède à Dijon à l'âge de 70 ans. Le magasin est repris par Joséphine David et "dès lors, plus aucun instrument de musique ne sera fabriqué dans l'atelier de David". (Catalogue Sallabery de 2003)

Et oui curieusement, ce n'est pas le fils aîné qui reprend l'affaire, et pourtant il est cité comme luthier dans les recensements de 1851.

En 1856 Joséphine David (43 ans), marchande de musique 15 rue Condé à Dijon, vivait avec son frère Charles (46 ans) et leur domestique Florine Danrey (20 ans). Cinq ans plus tard, on retrouve les mêmes à la même adresse, mais Florine Danrey est devenue "demoiselle de magasin".

Dix ans plus tard en 1866, rien n'est changé, sauf que Hermine Danrey, soeur de Florine a rejoint le magasin comme "demoiselle de magasin".

Il est a noter que de 1858 à 1872, dans tous les annuaires deux adresses sont indiquées : David, marchand de musique 15 rue Condé, et David, luthier 13 rue Condé à Dijon. Joséphine devait s'occuper de la gestion et de la vente, tandis que Charles, luthier réparait et entretenait les instruments à cordes.

Le magasin est progressivement transmis à partir de 1869 à Florine Danrey (native également de Saint Claude), et changea de nom après 1872 (voir la publicité ci contre datant de 1872), pour devenir : Mademoiselle Danrey, luthier et marchand de musique 15 rue de la Liberté à Dijon. Les annuaires mentionnent de 1873 à 1877 : un David, luthier 13 rue Condé à Dijon, sans doute Charles David qui continua d'exercer une activité de luthier.

Charles Joseph Antoine David, rentier célibataire décède à 84 ans le 21 juillet 1895 à Dijon.

Mademoiselle Danrey exerça jusqu'en 1891.